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Pologne : LGBT au cœur d’un conflit politique

Zbigniew Ziobro a créé un émoi certain à travers l’Union européenne en annonçant que la Pologne entreprenait des démarches pour dénoncer la Convention d’Istanbul sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes. Le ministre de la Justice, en vérité, ne se situe pas sur le terrain des violences conjugales ou des viols impunis. Ce n’est pas son sujet.

Ce qu’il dénonce, ce sont des « dispositions à caractère idéologique » « nuisibles » [sic] contenues dans cette convention du Conseil de l’Europe que la Pologne a signée en décembre 2012 et ratifiée en août 2015, avant l’arrivée des ultraconservateurs du PiS au pouvoir en octobre de la même année.

Plus exactement, ce qui dérange le gouvernement polonais, c’est la « construction du soi-disant genre socioculturel par opposition au sexe biologique », selon Zbigniew Ziobro, qui va saisir le ministère de la Famille pour entamer les démarches de retrait. Aux yeux des ultraconservateurs du PiS, il n’y a que deux genres reconnus, le féminin et le masculin. Tout le reste est considéré comme une déviance ; et l’homosexualité est assimilée à la pédophilie.

C’est une fois de plus une vision catholique traditionnelle de la société polonaise qui s’érige, ici, contre la communauté LGBT, laquelle revendique la tolérance et des droits (mariage et adoption). La campagne présidentielle qui vient de s’achever a vu la réélection du président Andrzej Duda (PiS) contre un candidat libéral, Rafal Trzaskowski (dont le parti est rattaché au PPE, chrétien-démocrate). Leur duel a porté en partie sur ce thème clivant au sein de la société polonaise. Maire de Varsovie, Rafal Trzaskowski veut faire de sa ville un lieu de tolérance, protégeant les homosexuels contre les discriminations alors que près d’une centaine de municipalités créent des « zones zéro LGBT » (un tiers du territoire).

Trzaskowski a signé en février la « Charte LGBT + ». À travers cet engagement, il promet de créer un « refuge » pour accueillir les homosexuels rejetés par leur famille, d’établir un suivi des violences homophobes et de « moderniser » l’éducation sexuelle en tenant compte du genre, suivant les recommandations de l’OMS.

C’est à cette initiative que réagit le pouvoir à travers la déclaration de Zbigniew Ziobro. Que dit exactement la Convention d’Istanbul, essentiellement consacrée à la violence contre les femmes ? En fait, deux articles dérangent le pouvoir en place à Varsovie : l’article 14, qui engage les États signataires à entreprendre « des actions nécessaires pour inclure dans les programmes d’étude officiels et à tous les niveaux d’enseignement du matériel éducatif sur des sujets tels que […] les rôles non stéréotypés des genres » ; et l’article 6, qui stipule que les États « veillent à ce que la culture, la coutume, la religion, la tradition ou le prétendu “honneur” ne soient pas considérés comme justifiant des actes de violence couverts par le champ d’application de la présente Convention ».

« Nous ne sommes pas d’accord avec le domaine lié à l’idéologie, qui peut conduire à des changements sociaux, moraux et culturels profonds. Ces dispositions peuvent être contre-productives, voire conduire à une augmentation de la violence domestique, estime Zbigniew Ziobro. […] Nous n’acceptons pas qu’on nous ordonne de changer l’éducation des enfants dans les écoles, leur apprenant que le sexe biologique est archaïque et se résume en fait à un contexte socioculturel. Nous rejetons également la couche LGBT de promotion des relations familiales, un point de vue propagé par des militants de gauche ou homosexuels qui veulent traduire leurs croyances en une loi qui fonctionne. De plus, nous ne pensons pas que les religions et les coutumes devraient être remises en question en tant que principales causes de la violence domestique. »

Pour les défenseurs de la Convention, le PiS surinterprète le texte. Il n’est ici question que du rapport d’égalité entre les filles et les garçons de manière à éviter de justifier la violence par un statut prétendument inférieur des femmes selon la religion ou la tradition. La cause gay n’y est jamais mentionnée…

La Convention d’Istanbul offre, en tout cas, un support légal aux opposants du PiS, d’où la nécessité de la supprimer. En outre, les pays qui ont ratifié celle-ci se soumettent à la supervision d’experts indépendants du Conseil de l’Europe qui peuvent analyser la mise en œuvre correcte des dispositions de cette convention. Bref, le PiS s’expose à des critiques légitimes tant en interne qu’en externe en demeurant dans le cadre de cette convention.

Marija Pejcinovic Buric, la secrétaire générale du Conseil de l’Europe, a jugé « alarmantes » les annonces de Zbigniew Ziobro. « S’il y a des idées fausses ou des malentendus au sujet de la Convention, nous sommes prêts à les clarifier dans un dialogue constructif, a-t-elle ajouté. Quitter la Convention d’Istanbul serait très regrettable et constituerait un important pas en arrière dans la protection des femmes contre la violence en Europe. »

La Pologne n’est pas tout à fait isolée sur cette question de l’interprétation à donner au texte. D’autres pays européens signataires de la Convention d’Istanbul refusent de la ratifier. Il s’agit de la Hongrie, de la Bulgarie, de la Slovaquie et de la République tchèque. À noter que l’Union européenne a signé la Convention d’Istanbul le 13 juin 2017, mais ne l’a pas encore ratifiée. Le 28 novembre 2019, le Parlement européen a adopté une résolution qui « condamne les attaques et les campagnes contre la Convention d’Istanbul, qui se fondent sur une interprétation intentionnellement erronée et sur une description fallacieuse de son contenu au public ». Pour l’instant, la ratification est bloquée au Conseil.

Source : https://www.lepoint.fr/politique/emmanuel-berretta/les-lgbt-au-coeur-d-un-conflit-politique-en-pologne-31-07-2020-2386241_1897.php.

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Manon

Manon

Je suis rédactrice chez LGBT France :)

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